A deux c'est mieux - Valentin Belaud
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A deux c’est mieux

Retrouvez, ci-après, dans son intégralité l’article de Benoit Gilles dans La Provence consacré aux couples amis Belaud-Clouvel et Belaubre-Morel. Très instructif sur leur fonctionnement au quotidien.

Ils sont en couple et sportifs de haut niveau : Charlotte Morel-Frédéric Belaubre et Élodie Clouvel-Valentin Belaud racontent la force qu’ils tirent de leur union. Ces quatre-là sont amis dans la vie. Les triathlètes Charlotte Morel et Frédéric Belaubre, installés dans le Var, et les pentathlètes Élodie Clouvel et Valentin Belaud, qui vivent en région parisienne, ne se voient pas tous les quatre matins, pourtant ils ont de nombreux points communs. Sportifs de (très) haut niveau dans leur discipline respective, ils ont la particularité de former des couples solides, unis. « On s’entraîne, on travaille et on vit ensemble, bref on se voit 24 heures sur 24 », résume Clouvel en préambule. Depuis plusieurs années, ils partagent tout : leur quotidien, leurs entraînements, leurs passions, leurs victoires, mais aussi leurs peurs, leurs doutes et les défaites. De leur union, ils tirent une force et un soutien mutuel, indéfectible, qui leur permettent de se dépasser. Alors, en quelque sorte, ils étaient préparés pour affronter le confinement actuel lié à l’épidémie de coronavirus…
Nous les avions réunis en décembre dernier, dans le cadre cosy et détendu des Étoiles du sport, à Tignes (Savoie), dont ils sont des participants (et animateurs) réguliers. C’était bien avant la crise sanitaire actuelle qui est venue ruiner leurs objectifs de l’année 2020 et leurs perspectives personnelles. Ainsi, la N.1 mondiale Élodie Clouvel nous avait confié ce jour-là, après l’entretien, son envie d’avoir un enfant avec son champion du monde de chéri après les Jeux olympiques de Tokyo en 2020, où tous les deux viseront « la médaille d’or ». Deux échéances reportées en 2021. « On se respecte, on a confiance en l’autre », affirmait Valentin Belaud en guise de conclusion. Entretien croisé à bâtons rompus, lors duquel il n’a pas fallu beaucoup les relancer pour qu’ils décrivent leur relation fusionnelle et le cheminement effectué pour y parvenir.

Charlotte Morel : « S’entraîner seul et à deux, ce n’est pas la même chose. Quand tu es à deux, c’est une force. Tu as un projet commun, tu partages une flamme, un objectif, tu te lèves tous les matins avec bonheur. On s’auto-motive. Avant, on était tous les deux athlètes et j’ai vraiment senti la différence quand Fred’ est passé d’athlète à entraîneur (en 2018). Quand on était athlètes, on se levait tous les matins, on prenait notre petit-déjeuner puis on partait s’entraîner ensemble, c’est une vie commune. Depuis qu’il est entraîneur, il m’accompagne, mais je ne le vis pas de la même façon.
Frédéric Belaubre : Le triathlon, comme le pentathlon moderne, sont des sports très chronophages. On s’entraîne tout le temps, on sent rapidement la différence entre pratiquer seul ou à deux. Je ne l’accompagne pas systématiquement, mais je suis quand même là pour parler de la séance qu’elle va faire, on analyse ses performances et ses sensations. Parfois, je vais courir, rouler ou nager avec elle. Quand elle a une petite baisse de motivation, ou quand elle a mal ici ou là, je sais exactement de quoi elle parle. On parle le même langage. On reste habités par la même flamme.
Valentin Belaud : Nous avec Élodie, on est sur une autre phase, on est en pleine carrière. Depuis 2016, on a monté notre projet ensemble, c’est une force au quotidien. On s’entraîne tout le temps ensemble, c’est vraiment ce qu’on voulait. C’est un vrai plus tous les jours. Quand on arrive à l’entraînement, on ‘switche’, Élo n’est plus ma copine, c’est une partenaire d’entraînement, je ne peux plus être disponible comme son copain pendant la séance. On l’a appris au fil du temps.
Élodie Clouvel : Exactement. On a appris à se connaître à travers ça. On n’a pas du tout le même profil d’athlète, moi j’ai besoin de faire moins d’entraînements que Valentin. Alors, parfois quand j’étais fatiguée, j’essayais d’avoir son soutien pendant l’entraînement, sauf que lui aussi est dans sa séance, dans son truc. Idem en équitation, quand je peux avoir des peurs, quand je ne me sens pas bien, j’aurais besoin de lui, mais il ne peut pas abandonner son cheval pour venir calmer mes peurs. On a appris à le gérer. C’est important de savoir faire la part des choses. À la maison, on est un couple, on essaie de parler moins de sport.
Belaud : Ça permet de se retrouver plus facilement une fois à la maison. Pour les gens, on passe notre journée ensemble, mais on a nos activités respectives.
Clouvel : La semaine, chacun est centré sur soi. J’ai besoin de suivre mon programme, de faire ma propre récupération, idem pour Valentin qui a besoin de penser à lui. C’est pareil en compétition, on a besoin d’avoir notre espace personnel ; on va être dans la même chambre mais on aura chacun notre lit, pour rester concentré, dans notre bulle. Mais le week-end, quand on a une plage de récupération, on en profite pour se retrouver rien que tous les deux, faire autre chose.
Belaud : En grandissant ensemble, on se rend compte qu’on est super autonomes. Je n’ai pas l’impression d’être avec ma copine à l’entraînement. On cloisonne et on se nourrit de partager la même passion.
Clouvel : Prenons l’exemple d’une séance d’entraînement difficile : être ensemble, c’est une force en plus, on va s’encourager, se soutenir. Quand Valentin gagne le championnat du monde (début septembre), j’étais déçue de ma course la veille (6e), je m’étais plantée à cheval, je ne décrochais pas mon billet pour les Jeux olympiques, mais j’ai gardé ma déception pour moi parce que je savais que Val’ concourrait le lendemain. J’ai essayé de faire bonne figure pour lui transmettre le plein de bonne énergie. Et quand il a gagné, j’étais aussi contente que si c’était moi. C’était magique de partager ce moment.
Belaud : C’est là que tu te rends compte que le couple est une force. L’autre va être intelligent, pour te protéger ; il va mettre sa déception de côté sur le moment et chercher à optimiser ta performance. Dans ta tête, tu veux toujours apporter le meilleur à ton conjoint. Ça s’apprend, c’est un travail de tous les jours et ça devient une réelle force.
Morel : C’est comme gagner ensemble, ce sont des moments magiques. Pour les championnats de France longue distance(2015), il s’agissait de notre premier objectif cette année-là, on s’est préparés pendant des mois ensemble. Réussir à concrétiser tous les deux le même jour, ça rend encore plus intense la performance. Avec les années, on ne va pas dire qu’on s’habitue à gagner, mais partager une victoire avec son chéri, ça démultiplie vraiment le sentiment. Le fait de réaliser cet objectif, avec Fred à côté tout le long de la course, tu as la sensation de le faire à deux. S’il n’avait pas été là, je n’aurais pas fait la même performance, c’est évident. Et à l’arrivée, c’est tellement d’émotions de partager ça.
Belaubre : Tu repenses à tous les moments passés à l’entraînement, aux moments de galère aussi, tu t’es soutenu et quand tu gagnes, tout ressort en une fraction de seconde au moment où tu franchis la ligne. En un regard, on revoit tout ce qu’on a vécu ensemble pendant 3-4 mois. Et enfin, ça se concrétise pour les deux. Et même si seulement l’un de nous deux gagne, on en sort tous les deux vainqueurs. C’est comme un accomplissement.
Clouvel : Aux JO de Rio en 2016, j’ai fait deuxième, j’étais super contente, et le lendemain, Val’ loupe sa compétition, il n’était pas satisfait (20e). Du coup, mon bonheur n’était pas complet. Tout le monde venait me féliciter pour ma médaille d’argent, mais je pensais aussi à Valentin. On est partis en vacances dans la foulée et on n’était pas en phase. J’aimerais qu’on réussisse ensemble. Évidemment, ça ne peut pas arriver tout le temps, mais notre objectif est de gagner tous les deux à Tokyo lors des prochains Jeux. Ce serait vraiment exceptionnel. Quand on a vu Estelle (Moselly) et Tony (Yoka) à Rio (tous deux champions olympiques de boxe), c’était vraiment beau.
Belaud : Les voir se réaliser tous les deux, c’est incroyable. Après, l’objectif est double, le pari d’autant plus dur. Mais si ton projet ne te fait pas peur, c’est qu’il n’est pas assez grand. On pense maintenant à gagner ensemble.
Clouvel : Ce n’est pas évident à gérer. On s’est rendu compte qu’on devait changer des petits détails dans notre façon de fonctionner : aux JO, je ne m’attendais à un tel enthousiasme, j’ai eu plein de sollicitations, alors que Valentin était rentré tôt, il s’est retrouvé tout seul dans la chambre, moi je n’avais pas de connexions internet, je n’avais pas pu le joindre. Du coup, comme il avait sa compet’ le lendemain, je m’étais dit qu’il ne valait mieux pas que je rentre. Alors je suis restée faire un peu la fête au Club France. Je pensais qu’il dormirait, sereinement. Sauf qu’il ne savait pas où j’étais, il n’a pas dormi…
Belaud : On dort tout le temps ensemble, et là, on n’avait pas anticipé ça… Ça se discute, ça se prépare, sinon ça déboule sur des non-dits. Élo voulait bien faire, moi je pensais bien faire aussi, je ne voulais pas lui envoyer un message, je me suis dit qu’elle était en train de profiter.
Clouvel : Je rentre finalement à 7 heures du mat’, il me dit qu’il s’est inquiété pour moi…
Belaud : J’ai dormi deux heures quand elle est rentrée alors que j’avais ma compétition des Jeux ! C’est un apprentissage. On ne s’était pas préparé, on n’avait pas cette expérience-là.
Clouvel : Comme dans la vie quotidienne, le dialogue est crucial dans un couple. Il faut se parler, bien cadrer les choses. Il faut que tout soit clair.
Belaud : On est à la fois très différents l’un de l’autre, mais aussi complémentaires. On s’en fait une force. Je ne pourrais pas être avec Élo si elle était comme moi. On a des caractères complètement opposés.
Belaubre : Nous c’est pareil ; on a fait des tas de choses ensemble, alors que je n’en aurais pas fait le millième tout seul.
Morel : Être en couple dans le sport, c’est vraiment une force. On affronte les hauts et les bas ensemble, ça nous soude davantage. Il y a beaucoup d’exemples de couples de champions : Estelle et Tony Yoka, Vincent Luis et l’Américaine Taylor Spivey. Le conjoint comprend l’autre plus facilement, puisqu’il vit la même chose, alors que dans des couples plus classiques, ce n’est pas toujours évident à l’accepter.
Belaubre : La vie de sportif de haut niveau est quand même assez extrême, donc tu ne peux pas comprendre si tu n’es pas passé par là.
Belaud : On est des passionnés en fait. Quel que soit le domaine, un sportif, un artiste ou autre, ça peut matcher, l’autre va comprendre que ta passion est importante. Il y a l’exemple de Renelle Lamote (athlète)qui est en couple avec Georgio (jeune rappeur), ils sont issus de deux univers différents, deux modes de vie opposés, mais comme ils vivent tous deux de leurs passions, ils sont complémentaires. Et c’est beau.
Belaubre : Après, être non-stop avec l’autre, il y a des bons et des mauvais côtés. Avec l’expérience et le temps, heureusement on arrive à couper vraiment du triathlon. On a des projets professionnels ensemble (ils ont créé leur structure d’entraînement MyTribe) et sportifs et d’autres passions : les sports de glisse, le cinéma… On a des hobbies à côté et on partage ça aussi. On aime les mêmes choses.
Morel : Je ne me verrai pas faire des sorties ou des voyages sans Fred. OK je vais être bien à papoter avec des copines, sans lui, mais on a les mêmes passions, les mêmes passe-temps, on partage tout. On est hyper passionnés de la vie.
Belaud : J’arrive à être seul à côté d’Élo. On est tous les deux à la maison mais il m’arrive d’être pris dans un truc. En fait, je ne me suis jamais vraiment posé la question de savoir si c’était gênant d’être tout le temps ensemble ; tout se fait naturellement.
Clouvel : Il n’y a jamais de lassitude. J’aime bien tout partager avec Val’. À l’inverse, il n’est pas parti avec moi sur une coupe du monde à Tokyo pendant deux semaines, ça m’a manqué de ne pas partager des choses avec lui. On a construit beaucoup de choses ensemble, c’est super important de le vivre avec lui.
Morel : Nous, on n’a pas vraiment d’engueulades, c’est plus de la chamaillerie.
Belaubre : Dans un couple, si le silence dérange, si tu ne t’engueules pas, ça veut dire que tu n’es pas vraiment fusionnel, tu n’es pas 100% naturel. Si tu n’arrives pas à affronter des obstacles, c’est plutôt mal parti… Même l’engueulade, tu la partages.
Belaubre : Tu la dépasses, l’engueulade. C’est un instant. Après, tu sais que c’est passé.
Belaud : Si l’autre n’est pas juste ou s’il y a des non-dits, ça gêne, ça peut freiner la performance. C’est important d’être cash, spontané. D’être vrai.
Clouvel : Et si moi, je vais moins bien, ça rejaillira sur Valentin.
Belaud : On se connaît par coeur. Élodie va davantage parler, je vais plus garder les choses pour moi, mais elle va le voir et va provoquer une discussion pour aplanir les choses.
Clouvel : Je préfère qu’on se dise les choses, qu’on se frite un peu mais au moins, on se parle, et après, on passe à autre chose. On sait que ça arrivera, notamment quand on sera plus fatigués que d’habitude.
Belaud : Quand tu es fatigué, tu sens que tu as envie de t’engrainer, c’est plus fort que toi. Ça devient grave…
Clouvel : Valentin est à fond sur le rangement, il est très carré, il aime bien que tout soit clean. Moi c’est différent, je n’ai pas besoin de ça. Alors parfois, je compatis. Il faut s’adapter à l’autre. Par exemple, je fais le lit, c’est bien fait selon moi, mais Val’ va repasser après moi ; il me dit que je ne fais pas les choses carrées, que c’est fait sans envie.
Morel : Dans la pratique du sport, c’est pareil, on se nourrit de l’autre. Parfois, Fred me dit qu’il aimerait prendre les rennes de ma course, mais il ne peut pas.
Belaubre : Sur un Ironman, quand tu es dans le dur, il faut trouver les mots justes ; ce n’est pas ce que tu aurais envie de dire en tant que conjoint, mais tu es un peu obligée de la pousser dans ses retranchements pour qu’elle se dépasse. Là, tu es coach, je ne suis plus son mec.
Clouvel : Il faut faire la part des choses, c’est pas évident.
Belaubre : Ça s’apprend. Ça se fait naturellement, mais il faut quand même l’appréhender, y réfléchir un peu avant.
Morel : Ça peut être très conflictuel. On connaît beaucoup de couples sportif-entraîneur qui ont eu du mal à fonctionner. Si Fred m’engueule à l’entraînement, on va rentrer en étant énervés, ce sera toujours mon entraîneur, pas mon mec (rire).
Belaubre : On a tous plein de facettes, des rôles différents. Sans le vouloir, on n’est pas tout à fait le même selon le contexte dans lequel on est. Donc il faut s’adapter.
Morel : Chacun a ses tâches. On ne se marche pas dessus non plus. C’est important de respecter l’espace de l’autre, d’avoir sa petite bulle de respiration. On se complète bien.
Belaubre : Si tu n’arrives pas à respecter ceci, ton couple vole en éclats. C’est un apprentissage.
Clouvel : Parfois, avant de retrouver Val’ et d’accorder du temps à notre couple, j’ai d’abord besoin de prendre une pause pour moi. Il le comprend.
Belaud : On a passé des étapes sur ce point-là. Notre couple est fort aujourd’hui parce qu’on a été capables de passer ces étapes-là.
Belaubre : Ça nécessite d’être observateur, de prendre du recul sur certaines choses, de comprendre l’autre.
Belaud : Quand on va arrêter nos carrières, on fera autre chose, ce sera encore d’autres facettes de nous-mêmes. Ce sera une autre vie, il faudra de réadapter et l’autre devra être prêt à suivre aussi.
Belaubre : Avec Charlotte, on en avait parlé justement avant que j’arrête ma carrière. On s’était dit : ‘On s’aime en tant que triathlètes, mais le jour où on ne le sera plus, aimeras-tu encore le moi pas triathlète ?’ Il faut laisser faire le naturel. Les couples forts sont les couples qui se connaissent. Tu apprends avec le sport à mieux te connaître et à mieux connaître l’autre dans des situations extrêmes. Je n’aurais pas de mauvaises surprises.
Belaubre : Le bon test, c’est quand tu arrives à rester le même avec ou sans ton conjoint. Tu n’as rien à cacher. »